Guide pratique sur l'élevage du ver de farine 🐛

Guide pratique sur l'élevage du ver de farine :bug:
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#1

J’ai rédigé ce guide pour vous aider à y voir plus claire sur l’élevage du ver de farine. Il y a beaucoup d’informations erronés qui circulent sur le net. J’ai tenté de vulgariser pour vous les données scientifiques qui ne sont pas accessibles au grand public et j’y ai rajouté mes expériences acquises dans tous les élevages que j’ai démarrés et optimisés.

Aujourd’hui, les méthodes d’élevage en entomoculture sont de plus en plus avancées et il est essentiel d’automatiser les étapes de production et de transformation. La méthode artisanale, celle que je vous présente dans ce guide, est connue depuis quelques temps déjà. Je vous l’assure, c’est facile d’élever le ver de farine. Beaucoup réussissent!

Par contre, c’est une chose de produire des insectes et de bien les produire. Si votre but est d’avoir une poignée de vers 2-3 fois dans l’année, il n’est pas nécessaire de prendre un peu de temps pour optimiser l’élevage. Avec une bonne préparation et les bons équipements, il est possible de quantifier une production optimale d’insecte.

L’environnement que vous allez créer pour les vers de farine est à mes yeux mieux que celui qu’ils ont en nature.

Je m’explique. En nature, on ne sait jamais quand on va avoir accès à de la nourriture, on ne sait jamais si un prédateur va surgir de nul part (dans ce cas-ci, à peu près tous les organismes vivants sont un potentiel prédateur donc les chances d’en croiser un sont grandes!) et on ne sait jamais quand on va rencontrer un partenaire sexuel.

C’est ça la loi de la nature.

C’est beau de l’extérieur, mais combien d’entres vous se préparent des trips de survie dans le bois pendant plus d’une journée? Et j’ai bien dit le mot « préparer ». Les insectes, eux, ils n’ont pas d’outil, de carte géographique ni de tente.

Bref, tout ça pour dire que l’environnement que l’on va créer est mieux parce qu’ils cessent de survivre pour… vivre. Comme nous!

La preuve? Le temps de croissance du ver de farine peut durer jusqu’à 629 jours en nature tandis qu’il peut être de 75 jours dans des conditions contrôlées.

Et c’est ce que nous tenterons d’obtenir!

Quels sont les risques?

Odeurs

Chaque élevage d’insecte dégage sa propre odeur. C’est en majorité causé par la nourriture qu’on leur donne. Par exemple, la mouche soldat noire ingère un substrat humide. Cela dégage une odeur beaucoup plus forte.

Ce qui est bien avec le ténébrion meunier, c’est qu’il préfère la nourriture sèche. Cela dégage beaucoup moins d’odeur. Le ver de farine lui-même ne dégage pas ou peu d’odeur!

Lorsqu’on s’assure de leur donner les bonnes conditions environnementales, le substrat reste bien sec et peu d’odeur se dégage. Par contre, si les conditions ne sont pas appropriées, cela peut occasionner des intrus.

Évasions

Le ver de farine est le stade larvaire du ténébrion meunier.

L’adulte est un coléoptère qui possède des ailes (en dessous des élytres), mais qui ne servent… jamais!

Entre vous et moi, c’est normal puisque ils ont tellement de bonnes conditions : un buffet à volonté de nourriture et de partenaires sexuels. Quoi de mieux!

Pathogènes & intrus & autres bibittes

En entomoculture, il y a les mêmes risques qu’avec l’élevage des mammifères. Il faut faire attention aux pathogènes. Les mammifères sont la majorité du temps restreint dans des endroits clos. C’est normal puisque nous voulons produire plus dans le moins d’espace possible.

C’est là où il y a éclosion des pathogènes, responsables des maladies. Ce qui occasionne par la suite la nécessité de donner des antibiotiques et autres. Et après? Les bactéries deviennent adaptées aux antibiotiques!

Bref, ça cause de beaux maux de tête pour l’industrie agroalimentaire.

Un autre avantage des insectes est qu’ils ont dans leur carapace un antibiotique naturel : la chitine. Des chercheurs ont démontré qu’une moulée pour les poulets contenant 3 % de chitine agit positivement sur la flore intestinale en diminuant les « mauvaises » bactéries (E. coli et salmonelle) et augmentant les « bonnes » bactéries (lactobacille, un probiotique qu’on retrouve dans le yaourt). L’industrie agroalimentaire pourrait ainsi diminuer l’utilisation des antibiotiques en ajoutant les insectes dans le régime alimentaire des poulets.

Mais pour l’élevage, là où je veux en venir c’est que comme les mammifères, les insectes ont un risque d’attirer des pathogènes, tels les mites, virus, bactéries, champignons, protozoaires et autres insectes.

C’est un terrain particulièrement glissant puisque l’industrie commence tout juste à faire de la recherche en ce sens. Il reste énormément de connaissances à acquérir en entomoculture.

Jusqu’à présent, j’ai été témoin de quelques intrus dans les élevages. La majorité sont des espèces de mites alimentaires qui sont attirés par les grains. Les deux principaux sont :

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Pyrale indienne (papillon)

Tyroglyphe de la farine (acarien)

J’ai aussi déjà vu des petits coléoptères qui ressemblent beaucoup au ténébrion meunier adulte, mais il est la moitié de sa grosseur.

Causes

Jusqu’à maintenant, nous savons que le risque est encore plus grand lorsqu’on augmente trop la population d’insecte (densité relative trop élevée) et/ou que les paramètres environnementaux ne sont pas respectés (humidité et température trop basses ou trop élevées).

Solutions

Il est donc très important de maintenir les bonnes conditions pour assurer non seulement la survie des insectes mais empêcher la croissance de d’autres espèces vivantes.

Bien sûr, il faut commencer par avoir la bonne température et humidité. Un autre truc est de séparer les insectes dans plusieurs chambres de sorte à créer des groupes d’insectes et d’avoir une bonne densité relative. Alors, si un groupe est malade, il ne transmettra pas les pathogènes aux autres groupes.

Par contre, cela n’empêche pas toujours les maladies. C’est ce qui est arrivé à plusieurs fermes de grillons en Amérique du Nord. L’espèce Acheta domestica est porteur d’un virus et plusieurs fermes ont vu leur population chuter. Ce qu’ils ont fait a été d’élever une autre espèce, Gryllodes sigillatus, qui n’est pas porteuse de la maladie mais qui s’élève de la même manière et qui a un profil nutritionnel semblable. D’ailleurs, c’est cet insecte qu’a choisi Entomo Farms, la plus grosse ferme entomophagique au Canada.

Nettoyage

Quoi qu’il en soit, une routine à implanter dans votre travail est de toujours nettoyer les surfaces en contact avec les insectes.

Tous les équipements d’élevage devront être nettoyés avant et après que les insectes y soient mis en contact.

Ayant suivi la formation en hygiène et salubrité alimentaire (gestionnaire d’établissement alimentaire) du MAPAQ, je peux vous dire que les insectes n’échappent pas aux règlements.

Aussi, il faut s’assurer de leur donner une nourriture non contaminée. Un truc bien pratique et simple est de congeler la nourriture pendant au moins 48h pour s’assurer tuer les mites.

Protection personnelle

Pour l’étape de la récolte des insectes, vous pouvez utiliser des gants de laboratoire non poudrés, un masque et des lunettes.

Personnellement, je ne porte pas de gants car les manipulations sont moins précises.

Quels sont les paramètres environnementaux?

Bon! Passons maintenant aux conditions du bien-être. C’est important de maintenir les conditions optimales en tout temps.

Les insectes sont 100 % dépendants de leur environnement. S’il fait 5°C dans la pièce, le corps de l’insecte sera à 5°C, car il n’est pas capable de réguler sa température corporelle.

Par exemple, c’est un gros choc s’il y a une panne de courant pendant votre élevage l’hiver et que la température descend drastiquement.

Par contre, ils ont dû être adaptatifs pour résister à de tels évènements en nature. Ils se remettent donc de ces changements drastiques. Exposés pendant plus de 24h à une température plus froide (8°C et moins), ils tombent en dormance et à une température plus chaude (40°C et plus), ils meurent.

Les paramètres environnementaux de la pièce qui sont importants à contrôler pour l’élevage de vers de farine sont la température, l’humidité relative, la durée de la lumière, le taux d’oxygène, la densité relative et le substrat.

Ces six paramètres ont un impact sur la reproduction, la croissance, la mortalité et les anomalies chez vos insectes.

Donc, est-ce que c’est important?

La préparation de l’élevage est une étape très importante. Si votre élevage ne fonctionne pas ou ne donne pas les résultats escomptés (ex : croissance trop lente, pas assez de reproduction, etc.), il y a de forts risques que ce soit la faute de l’un ou plusieurs de ces paramètres.

Température et humidité relative

La température optimale de la pièce doit se situer entre 25 et 28°C.

Cependant, il faut tenir compte du fait que l’activité biologique des vers fait augmenter la température de quelques degrés dans le substrat. Je suggère de maintenir la pièce à 26°C.

L’humidité relative optimale de la pièce doit se situer entre 60 et 80 %. Je suggère de maintenir la pièce à 70 %.

Étant donné que la majorité des hygromètres économiques ont une précision de ± 5 %, vous serez ainsi certain que votre valeur est la bonne pour eux.

Lumière et oxygène

Le ténébrion meunier s’éloigne de la lumière. Il se cache dans le substrat lorsqu’il y a de la lumière et sort en période de noirceur.

« Pourquoi ne pas garder la pièce toujours à la noirceur? »

C’est ce que je me disais aussi. Mais, certaines études démontrent que ces insectes ont besoin de lumière quand même.

La durée de la lumière est très variable selon les études. Certains chercheurs notent que les larves grandissent plus vite à 14 h de lumière et 10 h de noirceur. Par contre, d’autres études placent les vers en pleine noirceur toute la journée.

Ce que je suggère est plutôt basé sur une économie de ressources. Placez vos insectes dans une pièce où vous devez aller pendant plusieurs heures dans la journée. Alors, vous conserverez la pièce éteinte quand vous n’êtes pas là, mais elle sera lumineuse lors de votre présence.

Pour le taux d’oxygène, je suggère simplement de ne pas mettre de couvercle. Même un couvercle avec des trous. Il faut garder leur niveau d’oxygène au taux normal contenu dans l’air, à 21 % d’oxygène. En mettant un couvercle, on vient baisser le taux d’oxygène et bloquer la lumière.

Rassurez-vous, les insectes ne se sauveront pas et ne s’envoleront pas. Ils aiment trop leur maison!

Densité relative

La densité relative représente le nombre d’insectes par dimension donnée. Par exemple : 100 larves par dm2. Étant donné que vous pouvez utiliser une dimension de bac différente d’un autre éleveur, il est important de rapporter cette valeur à une dimension donnée.

Cette valeur est très importante car un groupe surpeuplé amène beaucoup de conséquences négatives. Mettez-vous à leur place!

Vous êtes dans votre chambre avec 100 autres personnes et de la nourriture. Vous mangez et buvez moins (donc vous grandissez moins vite) et vous suffoquez (du à la chaleur excessive). Les insectes iront jusqu’à manger leurs confrères du au manque de nourriture (cannibalisme) et les femelles vont moins produire de progéniture.

Considérez les masses suivantes pour vos calculs de densité relative : un adulte pèse environ 1,2 gramme et une larve mature pèse en moyenne 1,3 gramme.

Je ne compte pas les insectes, car ce serait beaucoup trop fastidieux pour rien. La masse est une mesure très utile dans ce cas-ci.

Alors, je suggère une densité relative d’adulte de 4 grammes d’adultes par dm2. Si votre chambre est de 15 dm2, il vous faut au total 60 g d’adultes (ou 500 adultes) dans votre chambre.

Cette population d’adultes dans votre bac se reproduira pour donner la bonne quantité de larves.

Substrat

La nourriture est très importante. En plus des impacts mentionnés au début de la section « paramètres environnementaux », elle influence grandement le profil nutritionnel de l’insecte.

À mes yeux, il existe trois types de substrat basé selon le marché ciblé.

#1 – Une nourriture qui est aussi offerte à l’alimentation humaine
#2 – Un résidu alimentaire qui est aussi offert à l’alimentation animale
#3 – Un résidu alimentaire avec des pathogènes non offert en alimentation

Jusqu’à ce jour, le type de substrat #3 ne peux pas être utilisé. Il y a encore trop de recherche à faire pour pouvoir légaliser ce type de substrat.

Que ce soit le type 1 ou 2, le substrat que vous devrez leur donner devra avoir le bon profil nutritionnel.

Selon les études que j’ai lues et analysées à ce sujet, j’ai une idée sommaire des besoins de base de l’insecte.

À ma connaissance, ce qu’il faut donner :

  • Très bas taux de sodium
  • Pincée de vitamine B et C (si possible)
  • Ajout de calcium (24h avant le jeûne) (si possible)

Et ce qu’il ne faut pas donner :

  • Chocolat
  • Cannelle

Voici des exemples de moulées qui ont de bons résultats :


Tous ces ingrédients testés sont non biologiques. Pour ceux qui veulent des insectes biologiques, il faut leur donner une nourriture bio. C’est un réel défi de trouver des aliments peu dispendieux biologiques, il faut y aller dans les résidus chez un producteur ou distributeur local.

Selon ce que vous pouvez vous procurez localement, vous pouvez créer la moulée en fonction du taux des nutriments ou choisir une moulée décrite ci- haut.

Peu importe ce que vous leur donnez, vous devrez analyser la croissance de votre population d’insecte à savoir si votre moulée est bonne pour eux.

Quels sont les équipements nécessaires?

Bien que l’élevage du ver de farine requière peu d’équipement dispendieux, il faut quand même prendre les meilleurs!

Tous ce qu’il faut se procurer sera à acheter une seule fois, sauf la nourriture où vous devrez débourser périodiquement.

Échelle

L’avantage de l’élevage d’insecte est qu’il peut se faire en hauteur. Cela fait donc économiser sur l’espace nécessaire. Pour une production d’1 kg et plus, je suggère de se procurer un équipement qui ressemble à une échelle de pâtisserie.

Quelques modèles sont possibles :

Le choix du nombre d’étages et de bacs ira selon vos besoins. Pensez qu’un bac de 24 pouces x 16 pouces par exemple rapporte minimum 1 kg de larves.

Je vous suggère aussi d’y aller dans l’usagé si vous avez un contact dans la restauration ou sinon, consultez les sites comme kijiji et lespac. Dans le neuf, vous pouvez en trouver autour de 250 $ incluant les frais de livraison. Si vous êtes bricoleur, vous pouvez en fabriquer un vous-même.

Pour une production d’1 kg et moins, il n’est pas nécessaire de s’en procurer.

Chambre de croissance

Pour une production d’1 kg et plus qui va aller avec l’échelle, le matériel de la chambre de croissance peut être du plastique, métal, fibre de verre, etc. Les bacs ne doivent pas être plus hauts que 3 pouces, car le substrat doit avoir 2 pouces de hauteur maximum. Ça nous laisse 1 pouce d’espace, ce qui est suffisant. Les autres dimensions (largeur et longueur) seront en fonction de celles de l’échelle.

Au même titre que l’échelle, je vous suggère d’y aller dans l’usagé. Dans le neuf, vous pouvez en trouver entre 10 et 20$ chaque.

Pour une production d’1 kg et moins, vous pouvez prendre plusieurs bacs empilables déjà montés comme celui-ci et faire des trous pour bien aérer les chambres.

Chambre de reproduction

Bien des gens n’utilisent pas de chambre de reproduction, je suggère fortement d’en utiliser une. Elle peut être identique à la chambre de croissance mais au lieu d’accueillir les larves, ce sera les adultes. La chambre que j’ai fabriquée pour mes insectes est un peu plus petite que la chambre de croissance pour qu’elle s’emboite dedans.

Tamis

Le tamis fabriqué sur mesure doit avoir plusieurs étages avec plusieurs grillages de différentes grosseurs de trous afin de bien séparer les composantes de l’élevage (insecte, nourriture et compost) en plusieurs étages.

Étage #1 : nymphes et adultes > 4 mm
Étage #2 : 2 mm < grosses larves > 4 mm
Étage #3 : 500 micron < petites larves > 2 mm
Étage #4 : fèces d’insectes < 500 micron

Vous pouvez en fabriquer un avec des bacs de croissance s’ils sont empilables. Vous devez retirer le dessous du bac et installer un grillage avec les bonnes dimensions de trous. Voici un exemple.

Thermohygromètre

Le thermohygromètre sert à mesurer la température et l’humidité des chambres. Un thermohygromètre comme celui-ci coûte 10$ incluant les frais de livraison.

Balance

Vous aurez besoin de deux balances, une pour peser la nourriture et une pour peser les insectes. Voici la balance que je suggère pour la nourriture et celle pour les insectes.

Substrat

La nourriture devra être achetée périodiquement selon vos besoins en rendement.

Quelle est la méthode d’élevage optimale?

Dans de nombreux élevages artisanaux, les gens vont tout mettre dans un même bac et laisser la nature faire son travail. C’est dommage car cette démarche ne donne pas de bons résultats. Et par cette démarche, je ne parle pas de laisser la nature faire son travail. Ça, j’adore! C’est plutôt le fait de tout mettre dans le même bac qui n’est pas efficient. La production est diminuée et n’est pas constante et la plupart ne le savent même pas, car ils ne quantifient pas leur production.

Je vous présente maintenant les quatre étapes de l’élevage du ténébrion meunier.

Reproduction

Le stade adulte est le stade reproducteur. L’idée principale est de créer une chambre séparé pour permettre à papa et maman de s’amuser ensemble. Vous comprenez? On ne laisse pas les enfants avec les parents. Ils veulent leur intimité!

Pour ce faire, je propose de prendre deux bacs emboitables (et non empilables, ils doivent entrer un dans l’autre). Coupez le dessous d’un des bacs et collez un grillage de 4 mm avec de la colle chaude. Mettez le bac grillagé dans l’autre bac et mettez 1 pouce de substrat avec les adultes par-dessus (référez-vous au chapitre 1 pour la densité relative des adultes).


Bac de reproduction (et croissance en dessous) VS. bac avec tous les stades

Laissez les adultes se reproduire pendant 7 jours. Après ce temps, soulevez le bac grillagé en agitant tranquillement pour laisser passer le substrat à travers le grillage. Les adultes resteront sur le grillage car ils sont plus gros que les trous. Les oeufs qui ont une texture collante vont s’accrocher au substrat et rester dans le bac de croissance.

Mettez un deuxième bac en dessous du bac grillagé (avec adultes) et recommencer jusqu’à 8 bacs. Après la 8e semaine (ou 8e bac), les adultes ne se reproduisent pas assez pour justifier les besoins en espace et nourriture. Vous pouvez les donner à manger à vos animaux.

La donnée que vous pouvez changer à votre guise est le temps de reproduction. Ce temps a un impact direct sur l’âge et la grosseur des larves. Ce qu’on veut obtenir au final est un bac avec des larves de mêmes grosseurs. Plus vous raccourcissez le temps de reproduction, plus vous aurez des larves semblables de mêmes grosseurs.

Je m’explique.

Je vous ai suggéré de garder les adultes pendant 7 jours. Si vous décidez de garder les adultes deux fois moins longtemps (3-4 jours), vous devrez alors mettre deux fois moins de substrat par bac. Vous devrez commencer deux bacs de reproduction simultanément et après 3-4 jours, mélangez le substrat d’un des 2 bacs dans l’autre bac.

Pourquoi?

Pour avoir la même densité que si vous aviez gardé vos adultes se reproduire pendant 7 jours. Ainsi, peu importe le nombre de jours que vous laissez vos adultes, vous devrez diminuer la quantité de substrat par bac et mélanger le tout pour avoir au final la même quantité de substrat et densité de larves par bac de croissance.

Exemple :

Dimension de bac : 15 dm2
Masse de substrat : 1 kg
Masse d’adultes : 500 adultes ou 4 g
Masse de substrat par bac, si laisser les adultes se reproduire pendant :
7 jours : 1 bac avec 1 kg
3-4 jours : 2 bacs avec 0,5 kg
2 jours : 4 bacs avec 0,25 kg

Et pourquoi vouloir des larves du même âge?

Avoir une différence de 7 jours au début du cycle est suffisant, car il n’y a pas une grande différence de grosseur. Par contre, après une croissance de 90 jours, ce 7 jours peut s’allonger jusqu’à 20 jours (c’est une donnée récoltée à partir de mes observations, je n’ai pas trouvé d’étude à ce sujet). C’est simple, un bac est un écosystème. Il y a beaucoup de facteurs ayant un effet sur la croissance des larves. Par exemple, si des larves ont moins accès aux fruits et légumes. Aussi, le frottement entre les larves a un impact sur leur volonté de se nourrir. Ainsi, en réduisant le plus possible l’âge, on s’assure qu’à la fin, il y a une faible différence de grosseur.

Croissance

L’étape de la croissance des oeufs et des larves est très simple. Les œufs se transforment après une dizaine de jours pour devenir des larves. Ces larves grandiront pendant environ 90 jours, dépendamment de la température et de l’humidité relative de la pièce.

En gros, il suffit de laisser les larves grandir et leur donner 2 fois par semaine des fruits et légumes de votre choix (quelques morceaux de carottes, pommes ou autres… testez les!). Il est mieux de leur donner plusieurs petits morceaux ou un gros morceau mince qu’un seul gros morceau épais. Chaque fois que vous mettez de la nourriture, enlevez l’ancienne. Cela va empêcher les moisissures (taux d’humidité trop élevé) et donc des intrus tels les champignons, drosophiles, mites, larves de papillons, autres coléoptères, etc.

Sachez que la raison principale des fruits & légumes est d’abreuver les insectes. Ajouter un peu de nourriture fraîche raccourcit le temps de croissance. Un fait intéressant par contre, les larves sont capables d’aller chercher l’humidité de l’air, mais pas les adultes. Néanmoins, elles préfèrent aller la chercher dans la nourriture, ce qui les nourris au même moment.

Récolte

Dès la première nymphe aperçue dans un bac de croissance, tamisez le bac. Après maximum 30 secondes de brassage de gauche à droite, votre tamiseur aura séparé toutes les composantes de l’élevage.

Sous le grillage 500 microns (le dernier bac du dessous) se trouvent les fèces d’insectes. Les fèces sont un excellent engrais pour vos plantes. Pour plus d’infos, voyez l’engrais de Entomo Farms.

Sous le grillage 2 mm se trouvent les petites larves « retardataires », vous pouvez les mettre les dans un pot pour donner aux animaux. Mais, il se peut aussi qu’il reste de la nourriture non digérée par les larves si vous en avez mis trop. Dans ce cas, vous pouvez laisser les larves avec la nourriture dans un bac jusqu’à ce qu’elles soient assez grandes pour les séparer.

Sous le grillage 4 mm se trouvent la majorité des larves. Pesez les et donnez 90% à vos animaux. Transférez le 10% restant (ainsi que la nymphe) dans un autre bac avec un peu de substrat pour les laisser se métamorphoser en nymphes et après en adultes. Cela devrait prendre 2 à 3 semaines avant d’avoir des adultes noirs. À cette étape, vous tamisez à nouveau et les adultes se retrouveront sur le grillage 4 mm. Pesez les et recommencez le cycle de vie.

Nettoyage

Lorsque vous avez des larves, nymphes ou adultes morts, je suggère de prendre un petit aspirateur (il y a en dans les animaleries) ou prenez-les une par une avec une petite pince. S’il n’y en a pas beaucoup, vous pouvez les laissez là aussi.

Comment augmenter son rendement

Les deux premiers chapitres vous auront servi à avoir un bon élevage artisanal avec un bon rendement. Mais, permettez-moi de vous poser une question.

Êtes-vous satisfait?

Il se pourrait que votre production ne réponde pas à vos attentes. Par exemple, vous voudriez peut-être :

  • plus de larves plus rapidement?
  • faire moins de manipulations?
  • un autre profil nutritionnel?

Afin de répondre aux deux premiers points, je vais vous montrer la base d’un test scientifique. Un test scientifique do-it-yourself!

Le principe

Pour bien faire un test, il est important de faire des copies du test. Par exemple, si vous voulez tester une autre source de nourriture, il ne faut pas seulement faire un bac par source de nourriture, mais plusieurs. Le nombre de copies dépend de plusieurs facteurs, mais pour votre cas, je vous conseille d’en faire trois. Alors, si vous avez la nourriture A et B, vous avez 3 bacs pour A et 3 bacs pour B, ce qui donne 6 bacs au total.

Pourquoi trois? C’est simple, vous aurez une donnée moyenne et deux extrêmes. Si vous testez par exemple la densité relative, je vous suggère alors de mettre votre donnée que vous savez qui fonctionne (4 g d’adultes par dm2) et testez une densité plus basse (ex : 2 g) et plus haute (ex : 6 g). Évidemment, vous pouvez monter jusqu’à 5 bacs ou 10 bacs, plus vous avez de résultats, plus vous serez certain de vos données.

Ensuite, il est important que tous les bacs du test doivent avoir la même température, humidité, lumière, densité relative, etc. Tout doit être identique, sauf la variable testée. Cela permet d’isoler cette variable et vous pourrez ainsi savoir si votre changement donne des résultats significatifs ou non. Car, pensez- y, si vous avez des bacs dans deux pièces différentes et que la température dans l’une d’entre elle est plus froide, comment saurez-vous que vos résultats sont causés uniquement par la variable testée?

Idées de test

Idée #1

Pour récolter plus de larves plus rapidement, vous devrez tester d’autres sources de nourriture. La nourriture a un grand impact sur la croissance des larves. Vous pouvez tester de la nourriture en fonction des possibilités que vous avez.

Idée #2

Pour diminuer les manipulations, vous devrez tester d’autres méthodes d’élevage. Ici, votre créativité est votre seule limite!

Idée #3

Pour avoir un autre profil nutritionnel, vous pouvez tester d’autres nourriture (voir le test #1) ou élever un autre insecte.

Mot de la fin

Il est facile d’élever les insectes lorsqu’on se prépare bien. C’est comme organiser un voyage, mieux tu es préparé, mieux ça va aller.

Il est important de bien choisir l’endroit où faire votre élevage pour bien répondre aux conditions de bien-être de vos petits.

Il faut aussi bien s’équiper sans trop se ruiner. Vous pouvez commencer avec une plus petite production et à mesure qu’elle augmente, équipez-vous en conséquence!

Bon élevage! :slight_smile:


#2

Salut François,
C’est un très beau guide que tu nous offre là. Est-ce que tu peux me dire quelle est la valeur nutritive des insectes que tu élèves ? Quel est le taux de protéine par exemple ?

Merci !


#3

Merci @Thrivium! J’ai élevé la mouche soldat noire, le ténébrion meunier et le grillon domestique, mais plus maintenant. En général, le ver de farine a un taux de protéine de 50% et la mouche soldat noire a un taux de protéine de 40%. Dans l’industrie, certains utilisent des méthodes qui permettent de concentrer les protéines pour obtenir un produit à plus de 70-80%!


#4

C’est incroyable ! Une viande de qualité score 20-22% au maximum.

Merci !


#7

Merci beaucoup pour le partage de votre expérience. J’ai beaucoup appris et je souhaite en apprendre davantage.


#8

Malheureusement, je ne fais plus de consultation. Le reste des informations sera dans les études scientifiques, le contenu sur internet et les expériences personnelles & d’autres entomoculteurs.

Bon élevage!


#9

Bonjour François,
Depuis quelques mois je suis après mon élevage de vers de farine, j’ai 3 boites, celle où j’ai déjà mis les vers de farine, celle avec les coléoptères puis celle où je récupère les vers de farine tout minus ainsi que les œufs. Seulement cette étape ne fonctionne pas correctement je les mets dans de la farine de blé avec un petit bout de pain et de légumes, ma farine a moisi et j’ai quasiment perdu tout mon élevage neuf et j’ai recommencé et tout nettoyé il y’a deux jours seulement la farine recommence à se dégrader et je n’y ai mis que du pain sec et pas de légumes je risque encore de tout perdre et ça me désespère peut-tu m’aider et me conseiller en attendant de tes nouvelles rapidement. Bonne journée


#10

Salut manu
Je te conseille de te procurer une hygromètre ou thermohygromètre pour mesurer l’humidité de ta chambre de croissance. Ce n’est pas normal que la farine moisis en 2 jours. Il doit assurément avoir une source d’humidité… en plus tu ne mets pas de légumes. J’avoue ne pas comprendre non plus!


#11

Bonjour
Merci pour ce superbe article bien documenté.
Vous ne parlez pas des possibles infestation des vers par des parasites.
Est-ce qu’il y a un moyen de savoir si ils sont infestés ou non?
Enfin, si l’on veut commencer un élevage à la maison, comment s’assurer que ceux que l’on achète sont en bonne santé et exempte de parasite?
Merci


#12

Salut! J’en parle légèrement dans la section “Pathogènes & intrus & autres bibittes” au début. Si vous n’avez pas de microscope ou binoculaire et que vous voyez rien d’anormal à vue d’oeil, je vous suggère simplement de faire comme si tout était normal. Si la les adultes se reproduisent ou que les vers se métamorphosent jusqu’au stade adulte, il y a de fortes chances que tout soit parfait pour eux. À savoir les conditions abiotiques ET biotiques!


#13

Je trouve pas le guide, seulement le texte d’intro.
Comment le consulter?


#14

Clique sur les symboles de flèche, le texte va s’afficher!


#15

Bonjour et merci pour cette description précise,
Une question à propos de la conservation: les sécher? comment ? perdent-ils une partie de leur valeur nutritive?
Merci


#16

Merci beaucoup mrs Douville.
Super guide de référence pour débuter une production.


#17

Wow, c’est très intéressant. Éventuellement, j’aimerais faire une mise en place à mon camp de vacance. Je crois que de sensibiliser les jeunes à cette nourriture du futur et de les faire cuisiner avec est un bon moyen de les intéresser, de les sensibiliser et de leur faire voir de nouvelles perspectives d’avenir. Les jeunes d’aujourd’hui sont les décideurs de demain, alors il n’est jamais trop tôt pour les sensibiliser à l’environnement.
.


#18

Oui pour la transformation, c’est une toute histoire qui mériterait son propre guide. Malheureusement je ne travaille plus avec les insectes comestibles. Si vous voulez avoir des infos et poser des questions à d’autres entomoculteurs amateurs, je vous conseille ce groupe facebook https://www.facebook.com/groups/330794677495818/


#19

Il y a aussi @Benoit qui est calé dans le domaine et qui pourrait t’aider @jgdon :slight_smile: